12.04.2021

Kendrick Jean-Joseph a été sacré champion du Monde M20 vendredi dernier au Caire (Egypte). Pour sa dernière année en juniors, il voulait faire comme Ulrich Robeiri dont il est fan depuis son plus âge. C’est en pensant aux champions Yannick Borel et Luigi Middelton, qu’il est allé chercher son titre mondial. Il termine ses années en junior en étant numéro 1 mondial. Encore toutes nos félicitations pour ce bonheur qu’il nous fait vivre.
Il débriefe sa compétition et toutes ses émotions.


Je reçois beaucoup de messages et c’est vraiment cool. Je me suis rendu compte que ma victoire a touché et ému beaucoup de personnes. C’est une des choses qui me fait le plus plaisir.
Je suis encore sur un petit nuage, je ne m’en rends pas encore compte. Je viens d’arriver chez ma marraine à Lyon. On va s’en rendre compte en ouvrant le champagne ce soir. Ça me fait plaisir de la voir aussi heureuse ainsi que mes parents en Martinique. Recevoir des messages de mes différents entraîneurs, ça fait plaisir surtout dans ces conditions particulières avec les clubs fermés. A travers mon titre, je leur donne un peu d’espoir et ça fait très plaisir.
Je l’avais dit, j’en avais très envie, c’était l’objectif, j’y allais pour gagner. Mais aux championnats du Monde tout le monde a la prétention de la gagne. On est une vingtaine a pouvoir aller chercher le titre. La chance m’a souri. C’est mon rêve depuis tout petit de prendre la relève des champions comme Yannick Borel, Ulrich Robeiri sans prétention car ils ont a un palmarès bien supérieur au mien. Mais ça donne envie de les égaler voire de les surpasser. J’y ai beaucoup pensé, je me disais « allez donne tout tu es dans un club avec des champions donc va inscrire ton nom au palmarès »
Pendant la finale, ça devenait dur physiquement avec le manque des compétitions. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas enchainé autant de matchs. Ca m’a aidé de penser à Ulrich et Luigi et ça.
Ce fut une longue journée. C’est monté crescendo. En début de journée, j’étais dedans mais je n’étais pas forcément au-dessus. J’ai élevé mon niveau, j’ai bien géré physiquement. Avec l’expérience, je ne me suis pas usé en début de compétition. J’ai bien su gérer mentalement et tactiquement. Faire 6 matchs de poules et 6 en tableau de 10h à 19h, il faut tenir le rythme mentalement. Pour éviter le brassage par rapport au Covid, il a fallu enchainer rapidement. On terminait un match et il fallait déjà aller en chambre d’appel. La journée fut intense.

Dès que je mets la dernière touche, je commence à pleurer. J’ai craqué car je repensais surtout à la semaine dernière qui était dure à l’entraînement. J’ai regardé mon coach qui était content. Il m’a poussé dans mes retranchements dans ses actes, paroles et entraînements.
Je me disais « tu ne peux pas perdre car tu t’es trop entraîné, tu as trop donné à l’entraînement et fait des sacrifices depuis 3 ans pour perdre maintenant. »
Sur le coup, je me dis que j’ai gagné la compétition de l’année et que j’ai été meilleur du jour. Je commence à réaliser quand je suis sur le podium, lorsqu’on me remet la médaille et le diplôme. Mais surtout quand j’entends la Marseillaise.
Je me rends compte, je commence à chanter. Et dans ma tête c’est « Kendrick tu l’as fait tu es champion du Monde ». Je ne pensais à rien d’autre. Je prenais conscience que j’étais sur la plus haute marche du podium. J’ai eu l’impression que tout passait vite que j’étais trimballé de droite à gauche, d’un journaliste à un autre. J’aurais voulu que le moment dure plus longtemps et plus lentement, pour profiter encore plus. C’est passé en un claquement de doigts et ce qui donne envie d’en revivre. Ce sentiment d’ivresse de victoire et d’être tout en haut du podium. La première nuit fut difficile avec l’émotion et les messages. J’ai eu du mal à dormir avec l’adrénaline.

 

Samedi, j’ai répondu aux messages pour essayer de répondre à tout le monde. Je n’avais jamais reçu autant de messages. Mon Snapchat a beugué. J’étais content, j’ai fait un bond au niveau de ma communauté. C’est top pour la visibilité et pour mes partenaires. La journée fut donc entre réseaux sociaux et kiné. On avait tous bien tapé dans le physique. On a récupéré avec les massages.
Je ne fus très bon dans l’épreuve par équipes. J’ai des petits regrets. J’aurais voulu partager une médaille avec les copains. Celle-ci aurait eu un petit goût particulier. J’ai eu du mal à redescendre pour l’équipe. Mentalement je n’étais pas assez présent, je n’ai pas su donner un petit coup de boost. J’espère que j’aurais l’occasion de me rattraper et qu’on pourra partager une médaille dans quelques années.
Je ne reprends pas l’entraînement de suite. J’ai deux semaines de repos. Le CREPS de Reims réouvre ses portes le 24 avril. Je vais couper un peu à Lyon, courir et récupérer tout en gardant la forme. Ça fait un mois que je ne suis pas rentré. Je vais pouvoir souffler un bon coup pour préparer la fin de saison mais également la saison prochaine avec l’arrivée en seniors.
Ce titre peut me permettre d’arriver avec un nom mais les seniors n’auront pas peur de moi. Ils vont m’en demander encore plus, ça va me servir pour progresser. Je le vois comme un aboutissement des années jeunes. Maintenant les compteurs sont remis à 0 et il faut travailler, progresser et parfois échouer pour apprendre.